K.L.T. est la fédération des associations bretonnes du pays de Morlaix qui a pour objectif le développement de la langue et de la culture bretonnes sur l'ensemble du territoire.
          • Hent Telenn Breizh

          • Interview de Joël Herrou et Violaine Mayor, fondateurs de l'association Hent Telenn Breizh
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            Violaine, Joël, qui êtes-vous et que faites-vous ?

            Nous sommes membres fondateurs de l’association Hent Telenn Breizh qui fêtera ses 25 ans en 2020. On n’a pas encore fixé de date mais on prépare une petite fête pour l’occasion.

            Moi je suis Joël Herrou, j’ai été professeur en lycée. Quand j’ai rencontré Violaine j’ai su qu’elle avait besoin d’une harpe authentique. J’en avais déjà conçu une mais qui n’était pas sur le bon modèle. Violaine, elle, avait un modèle et c’est comme ça qu’est née Hent Telenn Breizh.

             

            Où avais-tu eu ce modèle Violaine ?

            C’était le dessin de la harpe de « Queen Mary » du 15ème siècle qui se trouve au musée d’Edimgbourg. Robert Bruce Armstrong l’avait dessinée au 19ème. De ce que l’on sait, cela faisait 300 ans qu’on avait pas reproduit ni jouée une harpe comme celle-ci avec les techniques historiques.

             

            Comment as-tu connu la harpe ancienne et pourquoi vouloir jouer de la harpe ancienne qui on peut le dire n’est pas le plus commun des instruments ?

            Je suis originaire des Cévennes. A l’âge de 15 ans j’ai lu des livres sur les Celtes et la culture celte et cela a été quelque chose de très fort pour moi de découvrir mes racines, parce que même si je ne suis pas originaire de Bretagne ou d’Irlande, mes ancêtres étaient Celtes car ceux-cis ont habité aussi dans les Cévennes. Dans la culture celte, la harpe est au centre de toutes les légendes, c’est le symbole de l’harmonie et du Beau dans la culture celte. C’est comme ça que j’ai voulu jouer de la harpe ancienne mais elle n’était pas enseignée dans les écoles de musique. Je suis arrivée en Bretagne à l’âge de 16 ans et j’ai rencontré Joël qui avait fait une première harpe avec des cordes en bronze comme sur les harpes anciennes alors que les cordes des harpes modernes sont en nylon, et c’est comme ça qu’on a construit notre première harpe « Queen Mary ».

             

            Tu ne parlais pas breton ?

            Non ! J’ai appris petit à petit avec Joël.

             

            Et toi Joël ? Tu es bretonnant depuis ton enfance ?

            Non plus, mes parents parlaient entre eux mais il nous était interdit de parler breton. Ce n’est que plus tard que j’ai commencé à apprendre, en même temps que Violaine avec quelques cours et stages.

             

            Violaine, où as-tu appris à jouer de la harpe ?

            J’ai appris à jouer de la harpe moderne en école de musique mais ce qui m’intéressait c’était la harpe ancienne, les techniques anciennes pour jouer, décrites dans les manuscrits comme celui de Bunting c’est-à-dire jouer avec les ongles et non pas avec la partie charnue des doigts, les doigts droits, avec la harpe du côté gauche. C’est grâce à la harpe de Joël que j’ai pu jouer sur une harpe ancienne, en utilisant les techniques historiques que je redécouvrais.

             

            Une question sur votre association maintenant, vous avez créé cette association, pourquoi et dans quel but ? Quel résultat après 25 ans de travail ?

            La première fois que j’ai entendu une harpe c’était avec Stivell, j’ai compris qu’il y avait un  autre son à découvrir, que j'entendais dans ma mémoire, et derrière ce son de harpe, une « voie » de développement à suivre (« voie » au sens japonais comme le judo, l'aïkido...) d'importance pour la Bretagne, mais que l’on ne connaissait pas. C’est pour ça que j’ai construit ma première harpe sur le modèle de celle de Stivell mais elle ne sonnait pas tout à fait comme je l’entendais dans ma mémoire, et je voulais réentendre ce son.

            Violaine : La première harpe faite par Joël était bien déjà mais on sentait qu’il y avait encore plus à découvrir, elle n’était pas achevée.

            Quand j’ai rencontré Violaine, on a donc créé Hent Telenn Breizh sans savoir véritablement de quelle « voie » il s'agissait, en sachant qu’il y avait une voie mais sans savoir où elle nous mènerait, d’où le nom « Hent Telenn Breizh » (Hent = chemin, Telenn = harpe : « la Voie de la Harpe de Bretagne »).

             

            Vous avez créé l’association avant d’avoir construit votre première harpe ou après ?

            La même année, on a réussi à construire notre première harpe de Queen Mary et on a monté l’association, justement pour pouvoir mener à bien ce projet en équipe. Aujourd’hui l’association compte environ 30 membres qui sont quasiment tous devenus harpistes. Au fil des années, Joël a fabriqué des harpes (et enseigné comment elles étaient fabriquées), et moi transmis les techniques de jeu anciennes et le répertoire en cours, stages. On a aussi sorti des albums et édité un livre sur l’histoire de la harpe ancienne. Le but de l’association était dans un premier temps de comprendre comment et pourquoi la harpe ancienne, et maintenant, même si on continue d’en apprendre tout les jours sur cet instrument, le but c’est de transmettre ce que nous avons remis à jour sur cet instrument retrouvé, son répertoire et ses techniques de jeu, afin de redonner vie à ce patrimoine d'intérêt universel.

             

            Un petit mot sur l’instrument qui se trouve devant moi ?

            Le son de la harpe ancienne est incroyable, il a des propriétés très spéciales : profond, cristallin, riche en harmoniques, une longue résonance. Ce son, on l’obtient d’abord grâce aux techniques de fabrication de l’instrument. Contrairement aux harpes modernes qui sont un assemblage de planches de bois collées, la caisse de résonance est taillée dans une seule et même pièce de bois de saule. Les cordes sont en bronze et peuvent être en or. Sa forme est parachevée, comme celle du violon par exemple, elle respecte des proportions très précises.

            La harpe est un instrument très ancien qu’on retrouvait en Égypte ancienne, une gravure représentant une harpe a été retrouvée en Palestine et date du 4ème millénaire avant J.C. Dans la culture celte, on la retrouve dans les légendes irlandaises remontant à l’age du fer (500 après J.C.). Elle était au centre de la culture, c’était l’instrument des Dieux, des fées. Dans l’histoire, elle était jouée par les rois, les princesses, les demoiselles, les chevaliers, les druides ou encore les bardes. Elle était portée par des professionnels ayant un haut niveau technique aussi bien dans la facture que dans la technique de jeu. On la retrouve aussi dans les lais bretons du Moyen-Age, Le Roi Ofeo, Tristan et Iseult. La harpe était un instrument sacré et protégé par la société celte à cause de sa capacité à harmoniser son environnement. Ce n’était pas une musique pour « faire joli » mais une musique qui agissait sur l'ambiance, il y avait des airs pour tous les évènements de la vie quotidienne afin d'unifier les gens.

             

            Vous avez retrouvé certains de ces airs ?

            Oui ! Il nous est resté des manuscrits, une grande partie a été détruite par l’envahisseur mais par exemple celui de Ap Huw au Pays de Galles qui date du 16ème siècle. Il contient des airs anciens de la Grande Bretagne d’autrefois. J’ai travaillé sur le manuscrit de Ap Huw qui était écrit sous une forme de hiéroglyphes pour décrire le placement des doigts. Pendant 200 ans personne n’a su comment le jouer car il était écrit pour une harpe ancienne et ses techniques de jeu spécifiques alors oubliées. Grâce à tous ceux qui ont travaillé sur cette matière depuis les années 70, j’ai pu déchiffrer la musique et donc la jouer. J’ai enregistré un album d’après le manuscrit de Ap Huw. Il y a un lien avec la langue aussi : le rythme de la grande musique n’est pas écrit sur le manuscrit, pour le trouver, il faut chanter et c’est le rythme de la langue qui permet de comprendre la pulsation de la musique et de lui redonner vie.

             

            Dernière question, qu’est-ce qu’on peut souhaiter à Hent Telenn Breizh pour l’avenir ?

            Ce que l'on peut souhaiter c’est que toute la Bretagne retrouve sa harpe, qu’il y ait une harpe et un harpiste dans chaque foyer comme avant. Il y a un poème ancien qui dit à la harpe : « chaque maisonnée est accordée à ton exemple », je trouve ça très beau, la harpe c’est l’harmonie dans une maison.

          • Hent Telenn Breizh
      • Publié par l'association K.L.T.
      • Le 28/11/2019
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